NOUVELLES DE CORÉE

Signé Magellan, ce volume de 5 nouvelles, dues pour la plupart à de jeunes auteurs, est une bonne illustration de la littérature contemporaine de Corée, des passions, des mythes et des peurs que le pays peut inspirer à ses auteurs.

imagesChez Kim Mi-wol, et sa nouvelle Hôtel Plaza, le désir de passer ses vacances dans un hôtel de luxe, au cœur de Séoul, fabrique un contrepoint protecteur aux menaces qui pèsent sur les manifestants, après le suicide d’un ex-président de la République, dont la réputation de probité fut entaché par ses proches soupçonnés de corruption. Avec Kim Ae-ran, Et ton été ?, nous sommes dans la jeunesse qui s’enfuit et les espoirs qui vont avec. Un réalisateur de télé invite son ancienne camarade d’université à participer à une étrangeémission étonnante. L’angoissante nouvelle de Pyun Hye-young, La sagesse du lapin, qui sous ce titre plutôt doux, illustre à nouveau le travail de l’auteur commencée dans Cendres et rouge (Picquier, 2015), poursuivi par Aoï Garden (Decrescenzo, 2016), où l’auteure continue de traquer la grande ville et l’angoisse qui surgit à chaque coin de rue, à chaque pied d’immeuble. Ici, les lapins domestiques sont d’abord chouchoutés, avant d’être abandonnés. Les hommes au travail sont eux abandonnés depuis le début, car c’est leur destin. Chez Jung Young-moon et ses Pérégrinations avec un coq, l’absurde a toujours rendez-vous avec les obsessions qui surgissent quotidiennement et qui forment matière à écriture. Les idées farfelues vont et viennent et transforment un regard sur les choses, toujours prêt à changer, parce qu’on ne peut rester indéfiniment à regarder la même chose. Jung Young-moon, c’est toujours une dose de bonne humeur désespérée. Song Sok-ze, Piégé par ma femme, ne se départit pas, lui aussi, de son humour quand il s’agit d’épingler les hommes dans leur rapport au mariage ou à la naissance d’un enfant. Dans cette nouvelle, il faut aller jusqu’au contrat signé entre les deux parties pour qu’une césarienne puisse être effectuée, car précédemment la négociation a échoué. Quand c’est l’homme qui veut beaucoup d’enfants, c’est toujours suspect, aux yeux des parents, aux yeux de la famille, aux yeux de tous, dans un pays où avoir trois enfants est un signe extérieur de richesse.


NOUVELLES DE CORÉE
COLLECTIF
Traduit sous la direction de CHOI Mikyung et Jean-Noël JUTTET.
Magellan, 180 pages, 12 €.

Mots-clés:Jung Young-moon, KIM Ae-ran, kim mi-wol, Pyun Hye-young, Song Sok-ze

Web-revue des littératures coréennes depuis 2009

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