LA MYTHOLOGIE COREENNE

par CHO Hyun-soul dans le numéro 26

La mythologie coréenne fait référence aux histoires transmises de générations en générations dans la région géographique de la péninsule coréenne et ses nombreuses iles. Les motifs de la mythologie coréenne se retrouvent dans d’autres mythes d’Asie de l’Est, ce qui leur confère une portée culturelle plus large

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La majorité des mythes décrits dans le Samguk Yusa (Gestes mémorables des trois royaumes) et les autres textes concernent la fondation de la Corée, car  la mythologie de la fondation des anciens royaumes est en partie inclue dans l’Histoire. Les mythes transmis oralement proviennent principalement de la tradition chamanique. Depuis l’antiquité, celle-ci a toujours été très présente en Corée, et aujourd’hui encore les chamanes racontent l’origine du monde et des divinités au cours des rituels.

Le mythe le plus célèbre sur la création de la Corée est celui de Dangun, qui raconte l’histoire du début de l’ancienne époque de Joseon. Hwanung, fils de Hwanin, Dieu du ciel dans le mythe de Dangun, descend sur Terre et y épouse Woongnyeo, originaire du clan des ours ; leur fils, Dangun, crée la Corée. Jumong de Goguryeo, Hyeokgeosae de Shilla et Suro de gaya sont d’autres figures mythiques  de l’histoire coréenne. Ils sont tous nés d’un œuf. Les héros du mythe fondateur de Tamra de l’île de Jeju portent les noms de famille Go, Yang et Bu. Wanggun et Yi Seong Gae, fondateurs de Goryeo et de Joseon, ont eux aussi pris place dans des récits mythiques publiés dans les livres Godaesa (Histoire ancienne) et Le chant des dragons volants, un éloge funèbre de 125 cantos et 248 poèmes. Ces histoires justifient la création des royaumes en chantant l’éloge de leurs fondateurs.

La mythologie chamanique, transmise oralement, a une longue histoire en Corée. On dénombre de multiples histoires. On peut citer les mythes fondateurs, comme « Changsaega », « Shirumal » ou « Princesse Bari » ; « Seongjo Puri », sur la divinité protectrice de la maison Gataek ; ou « Ireolnoripunyeom », qui raconte l’origine du soleil et de la lune. Tous ces mythes se sont transmis dans la péninsule coréenne.

L’ile de Jeju peut se vanter d’être le berceau de la mythologie chamanique puisqu’on y trouve des preuves de nombreuses divinités et des autels. On y dénombre plus de 500 mythes chamaniques. De plus, les récits d’autels (dang) et les divinités ancestrales de Jeju ne se retrouvent nulle part dans la péninsule. La mythologie de l’autel retrace la généalogie de la divinité principale honorée à chaque autel en particulier, alors que les mythes sur les divinités ancestrales parlent de l’origine de ces divinités mêmes. Les mythes les plus représentatifs de Jeju sont « Cheonji Wang Bonpuri », qui raconte la fondation de l’ile, « Samseung Halmang Bonpuri », sur l’origine de Sanyukshin, Dieu protecteur de la naissance et des enfants, et « Saekyeong Bonpuri », reprenant l’histoire du Dieu de l’agriculture. Parmi les mythologies dang liées aux autels, les plus célèbres sont « Songdang Bonpuri » et « Gwaenwaegitdang Bonpuri », ainsi que « Yangimoksa Bonpuri », mythe célèbre des esprits anciens.

Les mythes fondateurs de la Corée ont leurs caractéristiques propres selon qu’ils viennent du Nord ou du Sud de la péninsule, ou même de l’ile de Jeju. Les mythes de Dangun et de Jumong, qui viennent du Nord, mettent tous deux en scène la figure du père qui descend du ciel pour se marier avec la mère symbole de la Terre, et ce afin de créer un royaume. Hwanung, fils d’un Dieu, épouse Woongnyeo, divinité d’un clan d’ours, pour fonder l’ancien Joseon, et Haemosu, fils d’un Dieu, épouse Yuhwa, fille du Dieu du fleuve, pour fonder Goguryeo. Dans les deux cas, chaque parent symbolise le clan étranger et le clan indigène. Parallèlement, dans les mythes fondateurs des régions du Sud, ceux de Shilla et de Gaya, les pères fondateurs descendent du ciel sous la forme d’un œuf. C’est l’enfant né de l’œuf qui grandit et devient roi, avec l’accord de tous les clans. Ainsi, Shilla comptait six clans, et Gaya dix. Le mariage n’a lieu qu’après le couronnement du roi. Contrairement à la fondation du royaume qui fait suite à une conquête dans le Nord, les royaumes de Shilla et Gaya résultent de la coalition des différents clans. Le mythe de Tamra de l’ile de Jeju se caractérise par le fait que les trois pères fondateurs sortent de terre et épousent des princesses venues par bateau de l’étranger, ce qui met en valeur la géographie maritime de l’ile.

La mythologie chamanique de Corée possède une qualité spatiale particulière. Dans les mythologies d’Asie Centrale, le monde du dessous et le monde du ciel apparaissent comme des endroits, alors que pour la Corée chamanique, il n’existe aucune description physique d’un « monde du dessous ». Néanmoins, les qualités imaginatives de l’Inde d’aujourd’hui sont très développées, à l’exemple de « Princesse Bari ». Afin de sauver ses parents malades, Bari s’engage dans un voyage dans l’au-delà. Mais dans le royaume de la mort, il existe une fleur qui sauve la vie et de l’eau. Dans la mythologie chamanique, l’au-delà symbolise l’origine de la vie.

L’autre caractéristique des mythes chamaniques est qu’ils concernent la famille pour la plupart. A l’exception des mythes fondateurs, les mythes qui racontent l’histoire des différentes divinités sont tous des histoires de famille. Dans « Princesse Bari », on trouve le thème de l’enfant abandonnée pour n’être qu’une fille de plus. Les autres filles refusent de chercher des médicaments pour les parents malades, et c’est Bari, l’abandonnée, qui va partir à la recherche de ces médicaments. « Seongjushinga », mythe fondateur de la divinité Gataek, raconte l’histoire d’une épouse sage qui résout la crise de son mariage due à l’absence de son mari, tout comme la bêtise de ce dernier. « Samgong Bonpuri », mythe chamanique de l’ile de Jeju, parle d’une fille jetée dehors par ses parents pour leur avoir tenu tête, qui épouse un homme digne et devient riche, pour finalement se porter au secours de ses parents devenus aveugles et sans ressources.

Comme nous l’avons vu dans les mythes cités précédemment, les divinités sont souvent des êtres humains à l’origine. Princesse Bari, qui venait d’un royaume imaginaire nommé Blaguk devient la divinité Ogu, qui a pour mission de guider les défunts dans l’au-delà. Hwang U Yang du mythe « Seong Jushinga » et son épouse étaient aussi des humains ordinaires, avant de devenir les divinités Seongju et Teoju. Dans « Samgong Bonpuri », Gamunjangagi était la fille de Gangiyoungseong et Hongunsocheon avant de se changer en divinité du destin. Tout comme les défunts sont honorés comme des divinités ancestrales lors des rituels coréens, les hommes ordinaires qui deviennent des divinités sont l’un des traits communs des mythologies chamaniques.

On trouve une influence marquée du taoïsme, du bouddhisme et du confucianisme dans les mythologies chamaniques de Corée. L’empereur de Jade de la tradition taoïste apparait comme la plus grande divinité, aux côtés d’officiers et de jeunes filles venus des cieux. Le Bouddha du futur apparait dans les mythes fondateurs, et Shakyamuni aussi : quand le héros est en danger, Shakyamuni ou le Bodhisattva l’aide en le guidant. Dans les mythologies chamaniques, les valeurs confucéennes se retrouvent dans la figure du père autoritaire, symbole patriarcal, et des enfants emprunts de piété filiale. Comme les mythologies chamaniques ont circulé pendant de nombreuses années, elles se sont imprégnées des enseignements des anciennes religions.

Dans le passé, on ne s’intéressait pas au contenu profond des mythes coréens. Ils n’étaient que des sujets de recherche pour les universitaires, interdits d’accès au grand public. Mais l’intérêt pour la mythologie coréenne a pris son envol dans le public dans les vingt dernières années. Plusieurs raisons peuvent expliquer cet engouement. D’abord, suite à la démocratisation de la Corée, on a connu un intérêt grandissant pour ce qui allait au-delà de la réalité du quotidien. En même temps, la situation a côtoyé le développement d’internet et l’avancée des techniques cinématographiques, ce qui a augmenté l’intérêt des populations pour la mythologie. De plus, le scepticisme face à l’idéologie « humaniste » de l’époque moderne a encouragé au retour vers les mythes. Lorsqu’ils se sont rendu compte que l’amélioration technologique n’amenait pas nécessairement le bonheur, les gens ont également senti le besoin de se tourner vers le monde mythologique, que les sciences et la technologie ne sont jamais parvenus à expliquer.

En parallèle au retour de la mythologie, on a assisté à une production massive de livres sur le sujet, dédiés au grand public. Ceux-ci expliquent de façon simple les mythes chamaniques et explorent la question de la mythologie coréenne selon différents thèmes. Afin de mieux comprendre la mythologie coréenne, il faudrait produire plus de livres universitaires sur le sujet, basés sur des recherches, ou des approches comparatives des motifs récurrents comme « la descente du ciel », « la naissance d’un œuf » ou « la naissance de parents divins ».

La mythologie coréenne n’a jamais beaucoup attiré les étrangers, et beaucoup la considèrent comme un morceau des mythologies chinoises ou japonaises. Pourtant, la mythologie coréenne n’est pas un simple thème dans des livres, elle est encore vivante et s’exprime lors des rituels chamaniques qui ont encore lieu aujourd’hui. Comme indiqué plus haut, il existe diverses divinités et encore plus d’histoires à leur sujet. La mythologie coréenne est un messager de la culture coréenne au-delà des âges, prête à nous offrir des histoires à même d’enrichir nos vies présentes.

Traduction Lucie Angheben

Avec l’aimable autorisation du KLTI

Mots-clés:dossier, folklore, mythologie, tradition

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